C'est un film qui ne laisse pas indifférent, parce malgré tout ce que je peux en dire, je m'y retrouve, je me retrouve face à des questions, des problèmes qui contraignent ma vie . C'est sans détours, la réflexion est fine, juste, acérée et souvent drôle.Pourquoi cette réticence, cependant ? pourquoi, pour une fois, ne me suis-je pas laissée aller, ai-je considérer le film avec des yeux froids et durs pendant les deux tiers du temps ?
Peut-être en partie parce que je n'aime plus trop la complaisance dans la parole, qui se suffit à elle-même.
En quelques mots : les Invasions Barbares est la suite du Déclin de l'Empire américain, film québécois où des baby-boomers intellectuels de métier s'interrogeaient sur le déclin de notre civilisation, sur le bonheur individuel qu'on recherche par tous les moyens sans y parvenir, principalement en parlant de leurs plans culs. Dans les invasions, tous ont pris vingt ans, le sexe et le bonheur n'est plus au centre des préoccupations. Un des protagonistes est très malade. Le film montre son agonie, et ses questionnements avant de mourir.
Encore une fois, l'essentiel repose sur la parole et les acteurs, tous des pointures du cinéma québécois. Les questions ont changé, comme l'époque ; on parle de la vieillesse, de la perte de repères familiaux, du capitalisme, de la culture québécoise qui ne vaut toujours pas un kopek, du système de santé, de la perte du sentiment religieux, tous des thèmes qui préoccupent les québécois et plus largement la société occidentale au quotidien. Le même film aurait été fait aujourd'hui, qu'on aurait abordé les questions de développement durable, tellement à la mode en ce moment.
Ainsi les personnages, jeunes et vieux, se retrouvent, à l'hopital, au bord d'un lac, autour d'un feu, à deviser, à tordre en tous sens les maux et les problèmes de la vie pour essayer de trouver un sens à tout ça.
Sauf que les personnages, plein de tendresse, restent des caricatures, des concepts humains représentatifs des figures de l'époque. C'est nombriliste, limite démagogique, ça argumente et ça parle, ça nous ressemble beaucoup. Ca pose des réflexions que l'objet cinéma n'arrive pas à rendre accessibles par l'image. Parce que les personnages parlent plus de l'époque qu'ils n'essaient de la vivre. On se retrouve donc devant un discours, une énumération de mal-êtres et de malaises, bien traités certes, mais alignés comme des perles qu'on passe en revue. Devant le succès du film précédent, la recette cinématographique ne change pas vraiment. On enchaîne les sceynettes, et à chacune correspond un thème, une idée.Ca pose des questions, que d'autres déjà ont posé. Ca n'apporte pas vraiment de réponse, ça pleure simplement. Les dialogues sont excellents, les acteurs n'en font pas des tonnes non plus, ils sont justes, surtout Marie-Josée Croze (et j'aime énormément sa coiffure :), qui joue véritablement, et n'apporte pas juste une voix et un enrobage imagé à ce qui est dit.

Le moment que j'ai préféré, c'était la fin, parce qu'enfin, il y avait un passage à l'acte, un positionnement, et tout le film s'en retrouve fondé, légitimé, nécessaire, brillant. Un succès largement mérité, un propos qui touche durablement, mais que ma propre sensibilité a eu du mal à assimiler, à comprendre avec mes yeux de française.



