Prise dans l'emballement de la semaine, je n'ai pas eu le temps de clore la trilogie du week-end dernier sur la Côte-d'Azur. Le dimanche, nous avons fait un saut de puce de Juan-les-Pins à Cannes, ville de bord de mer, tout ce qu'il y a de plus banal tout en restant bien sûr joli, avec ses petites rues pavées, son vieux port,

et ses hôtels de luxe le long de la fameuse Croisette, séparés par une tripotée de magasin de luxe eux aussi. Les boutiques et bâtisses, sont séparés de la promenade bétonnée et pleine de palmiers, par une route très passante. En ajoutant plein de gens dans tous les sens, et plein de lunettes de soleil (et le soleil), on a un bon aperçu de Cannes.
D'ailleurs, on est allés faire un tour dans la ville au retour de la promenade dans les îles. On est montés en voiture dans des quartiers aux noms évocateurs "Californie", "San Francisco" ; une plage à côté de Cannes, d'ailleurs, se nommait modestement "Palm Beach". On voyait le nom en gros, depuis le bateau. Le haut de la ville est colonisé par des villas blanches immaculées et des jardins luxuriants, des résidences avec vue, et des petites routes sinueuses dans un dédale à flanc de colline.
Prendre le traversier, ça fait toujours quelque chose. Etre sur l'eau n'est pas une sensation familière pour la fille de la campagne que je suis. Je regarde donc les vagues avec des yeux ronds, l'écume soulevée par le bateau, les voiliers qui passent, le port qui s'éloigne, je jauge les mouvements du bateau, je regarde la côte au loin. Ca me rappelle aussi les autres traversiers que j'ai pris. Le dernier était celui pour aller à l'Ile-aux-Coudres cet été, alors que Sigur Ros planait dans la voiture.. Je me rends compte maintenant que presque tous mes voyages ont été traversés par un traversier ; que j'aimais les petites îles !
L'île de dimanche, j'avais envie d'y mettre le pied depuis plusieurs années déjà. C'est là que je voulais aller en finissant ma prépa ; ou pour un court week-end de vacances. L'île Saint-Honorat, où n'habitent que vingt-cinq moines dans l'abbaye de Lérins. Une île où les moines se sont installés dès le 5e siècle ! qui a servi de tête de pont à l'extension des bénédictins en France, à l'influence prestigieuse, toute une île sauvage avec des moines et un monastère fortifié !
Les îles de Lérins se trouvent devant Cannes. L'île Sainte-Marguerite est la plus proche, la plus grande aussi. Elle regarde la côté et les gens aiment venir flâner sur ses plages et ses chemins. L'île Saint-Honorat, elle, regarde la large. Elle est petite (20 minutes de marche pour la faire en longueur en ligne droite), fortifiée. En arrivant, on voit tout de suite que le petit doigt de mer entre les deux îles sert de mouillage aux bateaux de plaisance (blancs, bien sûr ; s'ils pouvaient, ils auraient des lunettes de soleil eux aussi).

Autant pour la calme monastique : en débarquant, on tombe tout de suite sur le restaurant, avec une grande aire ouverte sur la mer transparente et turquoise.

Les serveurs, moins habillés que vous et moi les dimanches de mariage, le blanc de leur torchon plus blanc que blanc, des chaises et des tables en bois sombre, le tout abrité par un long toit de branches fines tressées, des palmiers, du sable pour reposer ses pieds dans le coin lounge. Des parasols, blancs, aussi. Voilà pour la simplicité frugale monastique.
On mange un sandwich acheté au snack, un minuscule comptoir non indiqué, perdu sur le mur latéral du restaurant, caché aux yeux des formes alanguies sous les tresses de branchage. Une sorte de terrasse avec une sorte de auvent, quelques grandes tables de pique-nique et des bancs branlants dignes d'une buvette de fête du village, font office de terrasse pour manger notre sandwich. Bien sûr, de là, on ne voit pas la mer, on ne voit que quelques oliviers et palmiers, et le coin de la terrasse de luxe.
Une fois nos estomacs contentés, on se promène.

Tout de suite, on retourne voir la mer, turquoise, du sable au fond, des ondulations de lumière, le scintillement, les rochers où sautiller en admirant le paysage.

Au passage, on a appris ce que signifiait l'expression "tirer à boulets rouges". L'île, à chaque pointe, possède un four à boulet (photo ci-dessous). Le principe du boulet rouge est le même que celui de la flèche enflammée : on fait chauffer le boulet dans le four avec de grandes pinces à boulets, puis on tire les boulets rougis direct au canon. Ce devait faire mal.

Un chemin fait le tour de l'île. L'intérieur, est occupé par 5 chapelles (toutes fermées), des pinèdes, des vignes, qui fournissent le célèbre vin de Lérins. Du vin à 50 euros la bouteille. J'aurais bien voulu vous faire goûter, mais en réfléchissant que 10 bouteilles ça fait un aller-retour Lyon-Montréal, je me suis dit que l'eau, la coca, le pastis, la bière, le cidre, le vin surmuri meusien, c'était bien aussi. Une chose est sûre, les moines ont le sens du commerce et une bonne capacité à tirer profit de leurs possessions. L'île est une destination appréciée. On y vient en famille le dimanche, pour se balader en maillot de bain, pique-niquer sous les statues, manger du poisson. En soi c'est une activité tout à fait plaisante, simplement le discours de base des moines est le silence, le respect de blablabla soyez habillés blablabla, mais ils ont des installations pour touristes, simplement. Ils font hôtellerie aussi, d'ailleurs un groupe de jeunes ados italiens très bruyants et pas franchement pénétrés par le recueillement d'une retraite spirituelle s'est précicpité sous notre nez dans le bateau de retour.
Le monastère actuel,

est entouré de hauts palmiers, de fleurs, de cactus, de vignes.

C'est très beau, très hollywoodien.

La boutique souvenir est là, directement en face du visiteur qui arrive sur le site. A l'entrée, on longe le réfectoire, arches et colonnes, statues ; rien qui rappelle les cisterciens.

Puis une fois passé l'arc de triomphe qui sépare les bâtiments de vie des bâtiments spirituels, une allée de palmiers conduit à une église. L'église, enfin, montre dans toute sa sobriété, son épurement, son silence, qu'on est bien dans un monastère cistercien. Les stalles de bois sombre, immobiles, attendent les moines.
Face au large, un monastère fortifié se fait encore lécher par les vagues vagues méditerranéennes.

Il a la forme d'une haute tour carrée, en ruines, sans rien à l'intérieur que les murs, le sol de terre battue, et quelques chaises de velours vert éventrées abandonnées dans une salle voûtée.

Un cloître roman (XII-XIVe s.), fait office d'atrium. Un deuxième le surmonte, à l'étage supérieur. C'est beau, on regarde, l'île, la mer, la transparence du fonds par les fenêtres, meurtrières, dans les ouvertures des machicoulis.

Tout en haut, le vent du large, la mer, le ciel, l'azur...
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire